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Une retraite tant attendue

Une retraite tant attendue - Barbara Oldfield

Enfin, je vais pouvoir prendre ma retraite bientôt, et je suis tout aussi nostalgique que pressée de partir. Voyez-vous, j’ai obtenu ce poste en ergothĂ©rapie pour enfants QuĂ©bec, immédiatement en sortant de l’école. J’ai été chanceuse, je n’avais même pas besoin de chercher ! On me l’a offert à cause des recommandations de mes professeurs et des superviseurs lors de mes stages. Un hôpital avait entendu parler de moi, et m’a embauchée tout de suite, le lendemain de la remise des diplômes. Alors vous comprenez que je me sens chez moi ici. J’ai déménagé souvent d’une demeure à une autre, surtout quand la famille s’agrandissait, mais là, je ne vais ni déménager, ni changer d’étage dans ce lieu de soins de la santé que je connais comme le fond de ma poche.

J’ai l’habitude de travailler fort. C’est cela, quand on devient infirmière. On fait des heures de fou tout le temps, peu importe notre âge, peu importe notre ancienneté dans notre département. On arrête que quelques minutes pour manger, car les patients n’ont pas d’horaire. S’il y a une urgence, on n’attend pas à la fin de notre pause. On y va, point. La maladie ne se met pas à comprendre qu’on a besoin de repos. Elle s’en fout carrément.

Mais, malgré tout cela, j’aimais énormément mon travail. Je me sentais bien auprès des gens qui me demandaient de les réconforter émotionnellement, de les rendre plus confortables physiquement, de leur apporter ce dont ils avaient besoin, de me chicaner avec ceux qui refusaient leurs médicaments. Certes, il y avait des périodes difficiles, car même si on se fait répéter de ne pas trop s’attacher aux patients, surtout ceux qui vont bientôt passer vers l’au-delà, c’est impossible. On a toujours des préférés, ceux avec qui on s’entend bien. On les aime bien, et on va même jusqu’à les cajoler un peu, parfois. Ce n’est pas ça qu’on faisait avec la plupart des patients, car bien sûr, on n’avait pas le temps. Il y avait toujours un autre patient qui avait besoin de notre attention et de nos soins. Mais on réussissait parfois, à être généreux avec certains d’entre eux.

Alors maintenant, je dois partir. Je sais que je ne vais pas rester trop loin, trop longtemps. Je risque de m’inscrire pour faire un peu de bénévolat. Je ne vais pas suivre le même horaire qu’avant, mais je pense bien que soulager ceux et celles qui prennent la relève leur fera du bien, car je sais combien c’est exigeant, ce travail.

 

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